26/07/2006

Portrait d'Ali Guissé

La Belgique que j'ai découverte n'est pas celle de Pfaff mais de Verhofstadt
Rencontre • Ali Guissé, porte-parole de l'Union de défense des sans-papiers (UDEP)

Les sans-papiers sortent de l'ombre. Aujourd'hui 41 lieux sont occupés symboliquement. À leur tête, Ali Guissé. Portrait.

Julien Versteegh
05-07-2006

Pour Ali Guissé, responsable de l'UDEP, ici lors d'un meeting de soutien à Maria Vindevoghel: «Nous savons que tant que le capitalisme existera, il y aura toujours des sans-papiers.» (Photo Solidaire, Lotfi Mostefa)

- Cliquez sur la photo pour l'agrandir -


À 34 ans, le coordinateur et porte parole de l'Union pour la Défense des sans-papiers (UDEP), vient de passer ses examens de formateur interculturel. Ce qui ne l'a pas empêché de suivre avec passion le parcours au Mondial de l'équipe de Côte d'Ivoire «qui représente la véritable diversité ethnique et religieuse du pays».

Né en 1972 en Côte d'Ivoire, à Abidjan, où il passe son enfance, Ali précise que s'il est de nationalité ivoirienne, ses origines sont sénégalaises et musulmanes.

C'est toute l'Afrique prise entre tradition et modernité qui s'exprime à travers lui. Il refuse de dévoiler le nombre de ses frères et surs car dans la tradition «compter les membres de la famille porte malheur». Mais Ali veut construire sa propre identité: «J'étais un jeune perturbateur» se plait-il à dire. Il refuse d'aller à l'école coranique: «Je me disputais avec l'ustaz (le maître, ndlr)». Au grand désespoir de son père.

Il confie avoir mené une enfance confortable pour un Africain. Son père, riche grossiste en fruits et légumes, fournit les institutions d'état: «Je n'avais rien à envier aux européens.» avoue-t-il.

Après ses primaires dans une école privée, il fréquente un temps le lycée français mais décroche en 1982 pour se consacrer à la culture hip hop qui déferle à l'époque sur l'Afrique.

Début des années 1990, c'est l'époque des remises en question. Il rejoint l'Association des jeunes musulmans de Côté d'Ivoire, «pour comprendre, avoir des réponses à mes questions». Il en deviendra secrétaire général. Autodidacte, il affine sa pensée: «la connaissance de soi mène à la sagesse, tandis que la connaissance de l'autre mène à la plénitude».

Rien ne le poussait donc à émigrer

Tout change en 1995. Le nouveau président Henry Bédié impose de consommer ivoirien. Ce principe s'étend à la vie politique. Prouver son ivoirité devient obligatoire pour être éligible. La famille Guissé, d'origine sénégalaise, est la cible de harcèlement policier. En 2000, Laurent Gbagbo arrive au pouvoir. De véritables escadrons de la mort sont mis sur pied. En 2002, une rébellion coupe le pays en deux. La population musulmane est accusée de soutenir les rebelles. Ali est arrêté et emprisonné 15 jours. Libéré mais menacé, il décide de fuir le pays. La première destination qui s'offre à lui est la Belgique qu'il ne connaît pas. «À l'école, on étudiait l'histoire de l'Afrique et on parlait du Congo belge. Je croyais que belge c'était africain. C'est durant le mondial de football de 1986 que j'ai été soufflé par le jeu du gardien Jean-Marie Pfaff et les dribles de Scifo. J'ai compris que la Belgique était un pays».

«Avec ou sans papiers, nous sommes tous des travailleurs»

Il débarque à Zaventem le 10 février 2004. C'est le premier choc. À la gare du Midi à Bruxelles, médusé par la saleté et l'insalubrité du quartier, il pense s'être trompé de pays. Puis c'est la confrontation avec l'Office des Etrangers, où il introduit sa demande d'asile deux jours plus tard: «Imaginez un Africain débarquant en plein mois de février, obligé d'attendre des heures dans un local non chauffé pour s'entendre dire qu'il faut revenir». Placé 5 mois en centre ouvert à Florennes, la démocratie et le bien être européens lui semblent un lointain mirage: «La Belgique que je découvrais n'était pas celle de Pfaff et de Scifo mais de Verhofstadt et consort. Le centre ouvert était dans un état lamentable, les soins médicaux étaient pitoyables, le docteur n'était même pas docteur». Il s'investit pourtant dans la vie du centre et met à profit son séjour pour bouquiner. Il étudie le système politique et administratif belge.

Sa procédure d'asile est typique: un premier avis négatif de l'Office des étrangers , puis un recours au Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides avant de recevoir son avis de recevabilité.

Il rejoint Amnesty International. Cet engagement le met en contact avec le mouvement des sans-papiers et rejoint l'UDEP. Lorsque son fondateur quitte le navire, il en prend la tête et lance le mouvement à Bruxelles. Avec d'autres membres de l'UDEP, il est l'initiateur de la très longue occupation de l'église Saint-Boniface à Ixelles, qui aboutit à sa propre régularisation. De là, le mouvement essaime. Aujourd'hui 41 églises, mosquées et autres lieux sont occupés: «Nous avons réussi à briser la peur parmi les sans-papiers»

Il sonne à toutes
les portes du monde associatif, politique
et syndical

Pour Ali, «avec ou sans papiers, nous sommes tous des travailleurs». On le voit à la marche pour les prépensions le 28 octobre 2005: «Reconnaître les sans-papiers pour en faire des affiliés qui cotiseront à la sécurité sociale et donc la renforceront. Tous les travailleurs y ont à gagner». Et quand on lui fait remarquer que l'Europe ne peut accueillir toute la misère du monde, il répond par un proverbe africain: «Quand les blancs sont venus en Afrique, nous avions la terre et ils avaient la Bible. Ils nous ont dit de fermer les yeux pour prier ensemble. Quand on les a rouverts, ils avaient la terre et nous avions la bible».

Mais modeste, il avoue: «Parfois j'ai envie de baisser les bras.» Et c'est chez son modèle Malcolm X qu'il puise inspiration, force de caractère et courage: «Cet homme parti de rien qui a osé défier l'Amérique blanche, un homme d'une grande maturité politique, qui a su changer les choses et se changer soi-même.» C'est ce qu'Ali fait au quotidien.

Il a su redonner un second souffle au mouvement des sans papiers et en faire un mouvement permanent.: «Aujourd'hui ce sont les sans-papiers eux-mêmes qui s'organisent. Nous savons que tant que le capitalisme existera, il y aura toujours des sans-papiers.»

Aujourd'hui sans emploi, aux études, il n'a pas abandonné sa vieille passion musicale

Les idées ne manquent pas, comme un festival autour de la conjugaison des styles musicaux rencontrés à Bruxelles.

Mais interrogé sur ses projets pour l'avenir, c'est aux autres qu'il pense: une régularisation claire des sans papiers. Et celui qui aime la Belgique pour son haut taux de syndicalisation, veut également contribuer aux progrès sociaux de l'humanité.

En attendant il continue, avec l'UDEP, à maintenir la pression. Contre la proposition de loi de limitation des régularisations et pour des critères clairs de régularisation. Si la grève de la faim est à ses yeux le dernier recours, il soutient néanmoins celles organisées cet été à cause du «gouvernement qui continue à fermer les yeux». Mais Ali s'assurera que la santé des gréviste soit préservée. A cette fin il propose d'organiser une caravane qui circulera entre les différents lieux occupés: «Nous recherchons encore un bus et de l'argent pour le carburant. Ceux qui veulent nous aider dans ce projet peuvent prendre contact avec l'UDEP».

Pour contactez et soutenir l'UDEP:
http://udep.blogspirit.com/
0498/33.07.48


08:55 Publié dans UDEP | Lien permanent

20/11/2005

SANS-PAPIERS

 SANS-PAPIERS?

Systéme
Associatif
National pour
Sensibiliser les

Populations européennes à
Animaliser la
Population
Immigrante
Enfin qu'elle
Retourne chez elle pour une
Souffrance garantie et certaine 

 Guissé Ali

19:10 Publié dans UDEP | Lien permanent

14/11/2005

Que signifie UDEP?

structure

12:40 Publié dans UDEP | Lien permanent | Commentaires (0)

11/11/2005

Quelques Chiffres ...

Nombres de régularisation, de rappatriement, de retour volontaire, ...

quelques_chiffres.doc

11:05 Publié dans UDEP | Lien permanent