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31.07.2007

Le tribunal ordonne la libération d'Angelica

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE;METDEPENNINGEN,MARC

lundi 30 juillet 2007, 22:54

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/un-tribunal-ordon...

Le tribunal de première instance sauve Angelica et sa mère de l'expulsion. Au moins provisoirement.

Le grand sac noir de voyage est encore à leurs pieds. Ana Elisabeth Cajamarca et sa fille Angelica, 11 ans, viennent d'être déposées par une voiture de la police devant leur domicile. Libres. Ce matin, elles avaient toutes deux été transférées du centre 127 bis en vue de leur expulsion vers l'Equateur. Douze heures plus tard, c'est le retour à Saint-Josse. Mais ce n'est pas encore la joie qui apparaît sur les visages. Ana paraît exténuée, au bord des larmes. Elle ne souhaite qu'une chose : récupérer.

Ana et Angelica auraient été brutalisées par des policiers lors de leur transfert vers l'aéroport de Schiphol. « Ils m'ont jetée brutalement sur la banquette, explique Angelica. J'ai eu très mal au dos. J'ai surtout eu tellement peur. J'étais certaine que j'allais partir. » La mère raconte aussi brièvement les coups portés aux genoux, à la poitrine. La peur est encore perceptible dans ses propos. Les amis d'Ana et d'Angelica avaient prévu une fête à l'occasion de leur retour. Trop tôt ? Pas pour Angelica dont les yeux pétillaient à cette idée. « Mais d'abord, je veux m'occuper de mes chats. Cela fait si longtemps que je ne les ai plus vus. »

Pour Angelica et sa maman, la journée aura été surréaliste. Les deux « clandestines », arrêtées le 30 juin dernier à Dilbeek après qu'un délateur les eut dénoncées à la police comme étant des « Gitanes », ont été extraites à 7h15 du centre fermé 127 bis. Elles ont été rassemblées dans une salle du centre avec d'autres « résidents » (terme utilisé par l'Office des étrangers pour désigner les détenus en voie d'expulsion) en attente d'un transport vers le centre de transit INAD, un « mini-centre fermé » situé au cœur de l'aéroport de Bruxelles-National. Selon leurs avocats, M es Benkhelifa et Hinkebrant, leur transfert a été contraint. « Ana Elisabeth était menottée. Un agent lui a appliqué un genou sur le thorax. Elle était couchée sur le plancher de la camionnette. »Ana Elisabeth Cajamarca a confirmé cette version des faits à son compagnon Leon Ruis Gonzales lors d'un entretien téléphonique. « Elle m'a dit qu'elle avait les mains en sang à cause des menottes. Qu'elle avait des écorchures aux genoux et aux bras. On a essayé de leur donner des calmants. »

Forts de cette situation dramatique, les avocats des deux expulsées ont adressé dans l'après-midi une requête en extrême urgence auprès du tribunal de première instance de Bruxelles, auquel fut transmis par fax un certificat médical détaillant les lésions subies par la maman et sa fillette : des douleurs au dos pour Angelica, les griffures et écorchures causées à Ana par les menottes, une situation de stress intense pour toutes les deux.

La famille et les amis des deux expulsées, ainsi que des associations comme l'UDEP (l'Union de défense de sans-papiers), s'étaient réunis dès le matin dans le hall de départ de l'aéroport de Bruxelles-National pour manifester et tenter de sensibiliser les voyageurs au départ du vol Amsterdam-Quito de 18h50. A 16h45, on apprenait que l'Office des étrangers avait décidé de procéder à l'extraction d'Angelica et de sa maman par voiture vers Schiphol. Selon Dominique Ernould, la porte-parole de l'Office des étrangers, toutes deux étaient rentrées dans le minibus sans opposer de résistance et sous le regard du consul d'Equateur. Quatre policiers, dont un officier-psychologue, étaient commis à leur surveillance. Cette opération était encadrée par deux agents du Comité P, la police des polices, chargée de contrôler la régularité de la procédure. Et 25 minutes plus tard, le téléphone de l'avocate d'Ana et Angelica sonnait : le greffe du tribunal annonçait la libération des deux expulsées (lire ci-dessous). Leur minibus était rappelé peu avant le passage de la frontière hollandaise et prié de faire demi-tour pour regagner Bruxelles. L'Office des étrangers a déjà fait appel.

Luz, la tante d'Angelica, ne pouvait contenir ses larmes : « Je ne le croirai que lorsque je les serrerai dans mes bras », nous disait-elle. Leon Ruis Gonzalez, le compagnon d'Ana , promettait « la fête ce soir. Et je tiendrai ma promesse. Je vais la marier. Elle va devenir Belge, comme moi ! »