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01.04.2007

« Le Soir » samedi 31 mars – dimanche 1er avril 2007. Une avocate en grève de la faim / Un geste de solidarité et de revendication

L'AVOCATE de 16 Afghans en quête de régularisation exige d'être  entendue par le ministre de l'Intérieur. En vain.

Vendredi matin, paroisse protestante du Botanique à Bruxelles. Au premier étage du bâtiment, 16 matelas entreposés face à face. Les mines pâles et les visages creusés des grévistes de la faim témoignent de 25 jours sans nourriture. Les couvertures roses fuchsia donnent un peu de couleur dans la pièce éclairée par la lumière du jour. Sur le mur du fond, deux feuilles blanches sur lesquelles est inscrit «Bienvenue, Welcome ». Les grévistes de la faim, tous afghans, revendiquent le droit à une régularisation depuis plus de 5 ans. Ils ont déménagé ce matin suite à des célébrations prévues à l'église des Minimes ce weekend. Les Afghans ont été reçus d'urgence par les responsables de la paroisse protestante.

À côté du pasteur, un petit bout de femme énergique. L'avocate des grévistes, Selma Benkhelifa, discute avec ses collègues du barreau de Bruxelles qui sont venus la soutenir dans sa démarche peu commune : entamer elle aussi une grève de la faim par solidarité jusqu'au moment où la situation évoluera. Debout, à côté de la fenêtre, elle argumente.  « C'est une situation intolérable. Il y a un "no comment" total de la part du ministère de l'Intérieur. Nous avons plusieurs fois essayé de contacter Monsieur Dewael pour discuter du statut à venir de ces demandeurs. Je voulais obtenir une rencontre avec le ministre avant mardi. Même avec l'intervention du bâtonnier des avocats du barreau de Bruxelles, la situation n'a pas changé. »

Le bâtonnier, M Robert de Baerdemaeker, n'a pas souhaité confirmer l'envoi d'un éventuel courrier au ministre. Il s'oppose au principe de la grève de la faim d'un avocat mais reconnaît que Selma Benkhelifa a un droit d'interpellation du ministre Dewael.

Un vide juridique

 

Selon l'avocate, le silence de la part du ministère de l'Intérieur provient d'un vide juridique concernant les demandes de régularisation effectuées entre 2003 et 2006. Il n'y a aucune réglementation permettant de régulariser les demandeurs qui proviennent d'un pays dont la situation est tendue et dangereuse. « Une circulaire avait bien été créée par M. Dewael en 2003, mais elle ne traitait que des cas antérieurs à cette circulaire. Ensuite, c'est le vide jusqu'à l'apparition d'une directive européenne non rétroactive en octobre 2006 qui propose un processus de protection subsidiaire pour un demandeur.

Un statut valable un an et renouvelable chaque année en cas de constatation de violence aveugle envers les civils du pays d'origine », ajoute l'avocate. Du côté du ministre, on dit traiter les dossiers des Afghans au cas par cas. Pas question de régulariser de façon « groupée ».

« C'est pourtant ce qui a été fait en avril 2006 pour les grévistes à Saint-Gilles. C'est d'ailleurs pour cela que la grève de la faim est une méthode utilisée par les demandeurs désespérés. Ils n'ont plus rien à perdre », conclut Me Benkhelifa.  A. De. (St.)