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12.01.2007

Ali Guissé ex porte parole de l'Union de défense des Sans-papiers. Il nous fait partager ici son point de vue sur la situation actuelle des sans-papiers en Belgique.

Interview  de Charlotte PEZERIL de l'Espace-Citoyen

Ali Guissé : "Soutenir les sans-papiers, c’est se soutenir soi-même"

Pouvez-vous nous présenter votre mouvement l’UDEP ? L’UDEP est l’Union pour la Défense des Sans-papiers, gérée par des sans-papiers et pour des sans-papiers, sans distinction de race, d’origine, d’opinion politique, de sexe, etc. Elle a été fondée en septembre 2004. Quelle est la situation du mouvement des sans-papiers aujourd’hui en Belgique ? La situation est difficile à expliquer aujourd’hui. La mobilisation a baissé ces derniers temps parce qu’il y a un problème de structuration du mouvement au niveau national. C’est pour cela que nous sommes en train de mettre en place des structures pour s’unifier, former des cadres qui pourront conseiller les gens au niveau juridique ou politique. Au sein de l’UDEP, on va rédiger une Charte au niveau national. Il faut se structurer pour éviter de mettre fin au mouvement et pour le pérenniser. On va également mettre en place un réseau de soutien avec les différents collectifs qui aident les sans-papiers. Qui sont les sans-papiers aujourd’hui en Belgique ? Même si les profils sont très variés, il y a beaucoup de jeunes, souvent très instruits. Beaucoup sont diplômés des Universités. Au niveau de l’origine, les plus nombreux viennent de l’Europe de l’est et de l’ex-URSS, puis de l’Afrique du Nord, de l’Afrique noire et après de l’Amérique Latine. Ceux de l’est arrivent par voie terrienne, alors que les Africains et les Latinos viennent par avion, mais depuis la politique d’Europe forteresse les africains subsahariens viennent par pirogue. Il est difficile d’estimer le nombre de sans-papiers : les associations annoncent plus de 100.000 personnes et l’Office des Etrangers dit entre 35.000 et 70.000. Que pensez-vous de la réforme du droit d’asile ? Avec cette réforme, la politique est devenu plus répressive car celui qui introduit une demande doit désormais présenter un passeport ou une carte d’identité valable ; alors que ce sont des gens persécutés qui ont dû fuir leur pays, qui n’ont pas pu prendre leurs papiers ou qui sont venus avec de faux documents. Avant, ceux n’ayant pas de papiers pouvaient aller à leur Ambassade et demander une attestation. Cela n’est plus accepté. De même, la directive européenne des droits de l’homme a été appliquée en ce qui concerne la protection subsidiaire, mais elle ne concerne finalement que peu de pays. Le pays doit être reconnu en conflit par ONU ou UE, ce qui n’est pas le cas par exemple de l’Afghanistan ou Iran. Quelles sont vos revendications ? Nous demandons que la régularisation des sans-papiers soit inscrite dans la loi et que soit mise sur pied une Commission de régularisation indépendante de l’Office des Etrangers. Nous militons aussi pour l’arrêt des centres fermés. En fait, notre objectif final est de régulariser tous les sans-papiers et que des critères précis, clairs et permanents de régularisation soient inscrits dans la loi.

Aujourd’hui, vu la situation actuelle, on demande le soutien des citoyens belges. Ils ne doivent pas avoir peur des sans-papiers parce que s’ils sont régularisés, ils ne travailleront plus au noir, ce qui renflouera les caisses de la Sécurité sociale et provoquera une augmentation des salaires. Finalement, les Belges doivent comprendre que soutenir les sans-papiers, c’est se soutenir soi-même, Car votre soutien aux sans papiers est un signe clair de rejet de l’extrême droite, qui exploite honteusement la question des Sans papiers pour terroriser la population belge et la jeter dans ses bras bruns. Un soutien fort, c’est dire à tous ces travailleurs Sans papiers que leur contribution est précieuse, nécessaire et reconnue dans la Belgique d’aujourd’hui et de demain. C’est pourquoi je réaffirme que la régularisation des Sans papiers sera l’expression d’une société belge plus démocratique, plus ouverte, plus juste et plus solidaire. La régularisation des Sans papiers n’est pas un signe de faiblesse devant une prétendue invasion fantasmatique des étrangers, mais plutôt une expression de la force d’une démocratie et une confirmation de l’Etat de droit.

Date de création : 21-12-2006
Dernière mise à jour : 22-12-2006

Interview  de Charlotte PEZERIL

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