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29.11.2006

MESSAGE DE SOUTIEN DE L’UDEP POUR LES TRAVAILLEURS DE VOLKSWAGEN

  

 

Suite à l’ignoble plan social décidé par la direction de Volkswagen et qui licencie plus de 3500 personnes, les Sans Papiers en général et l’UDEP en particulier, tiennent à exprimer leur solidarité avec ces travailleurs.

 

 

Depuis le début des occupations de lieux philosophiques et religieux par les Sans papiers, les travailleurs, à travers leurs syndicats, ont toujours été aux côtés de l’UDEP, illustrant bien que avec ou sans papiers, nous sommes tous des travailleurs.

C’est parce que les sans papiers sont en effet des travailleurs, hélas souvent non déclarés,

C’est parce que les sans papiers sont des travailleurs en permanence en situation précaire,

C’est parce que les sans papiers sont tout simplement des hommes et des femmes qui se battent au quotidien, comme les travailleurs, pour faire vivre leur famille,

Qu’ils comprennent parfaitement le désarroi des milliers de travailleurs de l’usine de Volkswagen Forest qui perdront leur emploi.

 

 

En réalité, les Sans papiers hier et aujourd’hui, les travailleurs aujourd’hui et demain, tous sont des victimes de l’implacable logique du dividende et du bénéfice, au profit d’actionnaires de plus en plus puissants et dont les desiderata s’imposent de plus en plus à toutes les couches de la société, y compris parfois les politiques.

Les Sans papiers et les travailleurs doivent lutter contre cette logique à deux vitesses qui d’une part, permettent la très libre circulation des bénéfices, des finances et des moyens de production entre les pays riches et les pays aux conditions sociales inacceptables, mais empêchent la même libre circulation des humains et des conditions sociales de travail et d’acquisition des connaissances.

 

 

L’UDEP dit « NON ! » à cette logique qui nie l’Humain, l’être, pour ne considérer que l’argent, l’avoir.

Ensemble, les Sans papiers et les travailleurs doivent lutter main dans la main contre ces logiques.

 

 

C’est pourquoi l’UDEP s’associe à tous les autres mouvements pour appeler à la grande manifestation de vendredi 02 décembre à Bruxelles.

L’UDEP appelle tous les Sans papiers, tous leurs soutiens associatifs ou individuels, à témoigner à l’égard des travailleurs de Volkswagen Forest, la même amitié, la même compassion, le même soutien qu’ils ont toujours exprimé vis-à-vis des Sans papiers.

 

 

TOUS ENSEMBLE CONTRE LE POUVOIR DE L’ARGENT AU DETRIMENT DE L’HOMME.

 

 

UDEP Nationale

27.11.2006

Les centres fermés, réalité inacceptable dans notre pays doivent être supprimés et les enfants libérés

DIMANCHE 3 DECEMBRE Marche de la gare de Nosseghem au Centre Fermé 127bis  (à 14 HEURES) RENDEZ-VOUS A LA GARE DE LA LOUVIERE CENTRE A 12 HEURES

Ils ne sont pas des endroits banals, ils ne sont pas banals en soi, ils sont au contraire des lieux saisissants et extraordinaires.  Ils sont des zones de non-droit, des espaces clos, clôturés par des hauts murs et des barbelés.  Ils sont une offense à toute conscience en bonne santé.

C'est là que l'on isole des personnes venues chez nous.  Hommes, femmes, jeunes familles avec enfants, bébés, jeunes mères : tous enfermés, tous en prison.

Non-accès aux visiteurs sans autorisation, isolement de ceux qui expriment un refus de se plier sans broncher...  Lieux de détresse, lieux d'humiliations, lieux de dignité bafouée, lieux de torture morale et physique, lieux de vies brisées...

Pas de permanence juridique, visites limitées, contacts avec l'extérieur minutés et très difficiles...

Tout ceci appliqué à des personnes qui ont parfois vécu 10 ans en Belgique, des enfants tirés de leur école, des demandeurs d’asile dont les recours ne sont pas épuisés.

Cette réalité-là reste inacceptable, même si elle perdure.  Des enfants s'y retrouvent nombreux pendant des semaines, des mois parfois.  Privés d'école, de copains, de parcs, d'air frais, de plaine de jeux, de ballons, de rires...  Ils sont témoins de la détresse de leurs parents, blessés à vie par ce vécu indigne.  Pour combien de temps, pour aller où?

Beaucoup a été dit et écrit déjà, mais le gouvernement belge et l'Office des étrangers persistent et signent.

En droite ligne des centres ouverts vers les centres fermés, en droite ligne des logements raflés vers les centres fermés, en droite ligne des écoles vers les centres fermés, en droite ligne des commissariats vers les centres fermés. 

Cela ne vous rappelle rien ?

Parce que c'est intolérable, honteux et humainement inacceptable, révoltant : nous continuons à dénoncer.

Rejoignez-nous à l'occasion de la "fête de St-Nicolas", date symbolique dans notre pays pour fêter les enfants.  Il y a en effet en Belgique ceux qui ont droit à la fête des "enfants sages" et les autres venus d'ailleurs, coupables de ne pas être nés de parents du bon endroit. 

POUR LA LIBERATION IMMEDIATE DES ENFANTS

POUR LA SUPRESSION DES TOUS LES CENTRES FERMES

POUR LA LIBRE CIRCULATION ET INSTALLATION DES PERSONNES

 
 

21.11.2006

Soirée de sensibilisation et de débat à la CSC

Depuis de nombreux mois, des femmes et des hommes « sans-papiers » mènent une lutte sans relâche pour des critères clairs de régularisation.

Ils manifestent, occupent des églises, font des grèves de la faim pour pouvoir mener une vie digne et se construire un avenir meilleur pour eux et leurs enfants.

 

Les sans-papiers 

 

Quels sont les enjeux ?

 

Le point de vue des intéressés.

 

Quelles solidarités dans le mouvement syndical ?

 

 

 

le mercredi

29 novembre 2006 , 19h30

 

(salle Dom Helder Camara)

19, Rue Plétinckx , 1000 Bruxelles

  

 

PROGRAMME

 

Introduction:  Guy Tordeur,

 

secrétaire fédéral de la CSC

 

Panel avec Edwin Loof comme modérateur

·         Fred Mawet, directrice du CIRE (Coordination et Initiative pour Réfugiés et Etrangers) et Pieter De Gryse, directeur de Vluchtelingenwerk Vlaanderen

‘Les sans-papiers, qui sont-ils, qui sont-elles ? Raisons de leur présence en Belgique et en Europe. Quelles politiques promouvoir ?’

·         Témoignage d’une personne sans-papiers

·         Sabine Craenen: Présentation de l’organisation ORCA (Organisatie voor Clandestiene Arbeiders)

·         Ali Guissé, porte-parole de l’UDEP (Union des sans-papiers)

’Bilan et perspectives du Mouvement des Sans-Papiers’

·         Guy Tordeur, secrétaire fédéral de la CSC

’Initiatives syndicales de la CSC’

Débat avec la salle

 

Synthèse et perspectives d’actions   Daniël Fastenakel, secrétaire du MOC et Marc Berghman, secrétaire de l’ACW 

 

Bienvenue à toutes et à tous

Guy Tordeur                                                                               

Secrétaire Fédéral

 
CIEP-MOC                 CSC-Fédération de Bruxelles-Hal-Vilvorde                    ACW

19.11.2006

COMMUNIQUE DE PRESSE

Union pour la Défense des Sans-Papiers (UDEP) s'insurge   sur les faits décrits dans l'article publié ce jeudi 16 novembre 2006 dans l'hebdomadaire Ciné Télé Revue concernant le scandale au centre fermé de Vottem.

En effet, nous ne sommes point surpris par la nature des informations mises à jour par les agents du Centre fermé de Vottem. Plusieurs fois, nous avons condamné de toute notre énergie l'ignominie des pratiques en cours dans les centres fermés. Nous tenons à préciser que toutes les informations recueillies dans l'hebdomadaire "Ciné-Télé-Revue" sont confirmées par les sans-papiers libérés de ce centre.

Une fois de plus, nous constatons que la politique de l'office des étrangers est basée sur le mépris,sur la torture, l'humiliation, la peur et l'intolérance à l'égard de l'étranger et qu'un Sans-papiers n'a pas de valeur et qu'on ne doit pas y faire attention. . Comment expliquer que le nombre de sans-papiers souffrant de problèmes psychologiques soit en pleine croissance ? Est-ce un phénomène lié au hasard, ou y a-t-il une politique de bassesse envers des étrangers psychologiquement dérangés ? Rien de tout cela.

En réalité, nous savons que la politique du gouvernement basée sur l'oppression, la répression, et la précarisation des personnes en séjour illégal génère à long terme des troubles comportementaux chez les personnes concernées.

Nous anathématisons une fois de plus la brutalité policière, en effet, la police a tiré sur les Iraniens, dans l'église des Minimes. Deux autres ont été touchés. L'un a un bras démoli par cinq balles. L'autre a une jambe cassée

L'UDEP exige dès lors, la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire indépendante sur vottem et sur le fait que la police tire sur les Iraniens, la fermeture des centres fermés, et la libération des sans papiers « prisonniers ».

D'ores et déjà, l'UDEP et ses dirigeants saluent le courage des agents qui ont dénoncé ces faits impardonnables.

Enfin, nous exigeons au gouvernement fédéral d'adopter dans l'urgence une politique humanitaire, tolérante et la régularisation des sans-papiers, pour éviter tout drame humain à cause de sa politique et sa police à l'égard des sans-papiers, de RÉAGIR TANT QU'IL EST TEMPS .

Le sans papiers qui est incarcéré dans un centre fermé est un prisonnier et non un résident. Son crime est d'avoir quitté son pays d'origine. Ces actes ignobles et inhumains sont une honte pour un État de droit.

UDEP NATIONALE

17.11.2006

Heureuse année 2007 ?

C’est le titre qui a été donné à une deuxième carte postale éditée à Sainte Suzanne. C’est un Sans-papiers qui a réalisé cette magnifique photo ; le comité de soutien y a ajouté le texte, et s’est chargé de l’impression.

Cette carte est destinée à être envoyée aux présidents des 4 partis démocratiques. Elle sera largement distribuée.
Le texte du verso de la carte est reproduit en dessous de la photo.

Cette carte sera également déclinée en affiche (format A3)afin d’être mise en vitrine des commerçants ou aux fenêtres des voisins.

Si vous souhaitez en obtenir, contactez l’auteur de cet article

.

Des papiers, un pays, une nouvelle vie...

Voilà ce qu’ils souhaitent.

Voisins ou sympathisants des sans-papiers, nous sommes très préoccupés par la situation inhumaine et intolérable dans laquelle bon nombre d’entre eux se trouvent.

Nos vœux pour 2007 ?

L’introduction dans la loi de critères clairs et permanents de régularisation.

La régularisation des résidents de longue durée qui ont développé des attaches durables avec notre pays.

Une réflexion nationale et européenne sur les migrations.

Bon travail au Parlement !

Signature :

Nom :

Adresse :

 

 

Centre fermé de Vottem, des gardiens parlent

« Il y a des violations des droits de l'homme ! Ça ne peut plus continuer »

« Nous sommes témoins d’atteintes aux droits de l’homme et à la dignité humaine. Certains d’entre nous rentrent chez eux en pleurant », contient plusieurs agents du centre fermé pour sans papiers de Vottem. Ils dénoncent la présence de « résidents » souffrant de lourdes pathologies mentales... « Ce n’est pas leur place. Ils ne reçoivent aucune aide thérapeutique. Quotidiennement, nous sommes confrontés à des drames qui nous révulsent. »

Enquête : Michel Bouffioux - Photos : Reporters - Article paru dans Ciné-Télé-Revue N°46/16 novembre 2006

 

 

Avant d’entamer la discussion, l’un de nos quatre témoins, tous agents du centre fermé de Vottem, près de Liège, cette prison qui ne porte pas son nom, ce lieu secret où séjournent des « illégaux » en attente d’expulsion, précise clairement les règles : « Vous devrez garder le silence sur notre identité. Notre statut nous interdit tout contact avec la presse. On risque notre emploi. » Il expose ensuite le malaise ressenti par lui même et plusieurs collègues : « Ce boulot, on l’a accepté. Nous sommes des agents de l’État et nous obéissons aux ordres. Mais on est quelques uns à avoir des problèmes de conscience. Pour retrouver notre sérénité, on voudrait faire notre travail en respectant la dignité de tous. Or, d’année en année, la situation se détériore. On nous demande de garder des gens qui n’ont pas leur place à Vottem ! »
  De quelles personnes parlez vous ?
   Julien (tous les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des témoins) : Depuis plus d’un an, on nous transfère très régulièrement des gens souffrant de graves problèmes psychiatriques. Des schizophrènes, des psychotiques, des paranoïaques avec délire mystique et j’en passe, qui auraient bien plus besoin d’une aide thérapeutique que d’une détention en centre fermé. C’est inhumain !
  Jean : Récemment, on a eu un jeune Turc avec un problème mental... Il s’est retrouvé quinze jours complètement nu dans un cachot. Il passait son temps à se masturber en insultant Allah. Et une fois qu’il avait fini, il culpabilisait d’avoir insulté son Dieu. La direction a mis trois longues semaines à se décider à le transférer dans un lieu psychiatrique.
  Quinze jours nu dans un cachot ?
  Joseph : Oui, et ce n’est pas un cas unique. Il y a eu aussi cet Africain, qui s’est d’abord retrouvé dans une aile avec d’autres. On s’est rapidement aperçu que cela ne tournait pas très rond dans sa tête. Cet homme était tétanisé. Il mourait littéralement de trouille et restait immobile, serré dans une couverture. Peut être avait-il vu des choses horribles dans son pays... Décision de la direction : mise en isolement.
  Jacques : C’est la décision systématique lorsque ces malades s’avèrent dérangeants pour la vie en groupe.
  Joseph : Celui là, il a été mis au cachot parce qu’il ne se lavait pas et que ses codétenus en avaient assez de devoir le conduire à la douche. De toute évidence, cet homme n’était plus en état de contrôler ses actes. Au point qu’il déféquait et urinait sur lui. Il a été laissé nu dans sa cellule d’isolement pendant des semaines. De temps en temps, l’un ou l’autre agent qui en avait le courage désinfectait sa cellule...
  De temps en temps ?
  Jean : Oui, il est parfois resté plusieurs jours comme ça dans sa m... Finalement, cela jouait sur la corde sensible de certains agents, qui ont dit : « Nous, on va le faire, on va l’amener à la douche. » Ce n’est pas notre rôle pourtant...
  Julien : Des gens ne veulent pas le faire. Des agents ne supportent pas l’odeur parce que cela refoule... C’est mon cas. En plus, je vous le dis honnêtement, j’estime que ce n’est pas mon boulot d’aller désinfecter une cellule d’isolement.
  Ces résidents restent donc parfois sans soins...
  Julien : ils reçoivent leur nourriture, leurs médicaments, mais sur le plan de l’hygiène, cela ne va pas. Une personne qui défèque sur elle pourra rester de 24 heures à une semaine sans nettoyage. Se développe alors une odeur pestilentielle... Et ce sont toujours les mêmes qui s’y collent, avec des masques.
  Jacques : Ce n’est pas facile à vivre, Il m’arrive souvent de rentrer chez moi et de chialer parce que j’ai vu des trucs qui ne devraient pas exister. Ce type, ils l’ont rapatrié sans suivi, sans rien...
  Jean : Quand on demande pourquoi des cas psychiatriques arrivent chez nous, on nous dit que pour savoir si ces gens doivent être rapatriés ou pas, il faut qu’ils passent d’abord par Vottem. Ils doivent être dans le système pour que l’Office des étrangers puisse les « valider ». Si cela se faisait en quelques jours, je comprendrais. Mais là, cela dure beaucoup trop longtemps. Pour eux comme pour nous.
  Joseph : Il existe des établissements spécialisés pour aider et soigner ces personnes !
  N’y sont elles pas transférées lorsqu’on constate leur état à Vottem ?
  Joseph : Après quelques trop longues semaines d’isolement, cela peut arriver, mais c’est loin d’être systématique. Le plus souvent, leur état psychiatrique n’empêche pas leur rapatriement.
  Julien : Et d’autres sont tout simplement relâchées dans la nature.
  Comment cela ?
  Julien : Pour faire de la place au centre ou pour une autre raison, ils reçoivent un ordre de quitter le territoire (OQT) dans les cinq jours. Concrètement, cela veut dire qu’ils sortent, livrés à eux mêmes. À charge pour eux de quitter le pays. Je me souviens notamment du cas d’un obsédé sexuel qui se masturbait dès qu’il voyait passer une femme de ménage dans le couloir. Après quelques semaines chez nous, il a été remis en liberté avec un OQT de 5 jours...
  C’est mettre la société en danger !
  Julien : Tout à fait, mais nous nous sentons aussi en danger. Par exemple, le mois dernier, on nous a amené un type potentiellement très violent. Un schizophrène, nous a dit la direction. Il parle avec vous très calmement, et puis, il pète un câble. Avant que vous compreniez ce qui se passe, il est en train de vous étrangler. On n’est pas formés pour s’occuper de gens comme ça ! Ce type est bien resté deux ou trois semaines en cellule d’isolement. De temps en temps, un volontaire lui faisait prendre sa douche. Et puis, il a été transféré on ne sait où... Aux dernières nouvelles, il serait à Lantin.
  Jacques : Des gens à problèmes psychiatriques lourds, il y en a de plus en plus. L’un chasse l’autre. En ce moment, un Guinéen parle et chante seul toute la journée. Il défèque dans son assiette et balance le tout par l’œilleton de sa cellule... C’est triste à voir. Il faudrait qu’il reçoive une aide psychiatrique, mais, comme souvent, la direction préfère décréter qu’il s’agit d’une simulation. Jouer la comédie pendant deux ou trois jours, je veux bien, mais pas pendant des semaines !
  Jean : Le dilemme pour cette direction qui dépend du ministère de l’Intérieur, c’est que si le type est reconnu malade par un psychiatre, il n’est plus rapatriable... Donc, elle fera éventuellement venir des kinés de l’extérieur, mais jamais un psychiatre. Sauf cas tout à fait exceptionnel. Je me souviens d’un type déjà suivi par un psychiatre avant sa détention. Dans un moment de lucidité, il a réussi à demander à revoir son thérapeute, et finalement, il a pu quitter Vottem.
  Jacques : Vottem est devenu un centre poubelle. Si une personne se balade en rue avec un comportement bizarre, qu’elle est interpellée par la police et qu’elle n’a pas de papiers, le plus simple pour les flics, c’est de l’envoyer chez nous, où elle sera enfermée sous le label « personne étrangère et sans papiers ». Officiellement, il n’y a donc pas de cas psychiatriques dans les centres. Dans la pratique, on improvise...
  Et les gens qui souffrent de problèmes psychiatriques se retrouvent en cellule d’isolement ?
  Julien : Pas tous, mais la plupart, notamment les cas difficiles, qui posent problème pour la vie en groupe. Dans notre jargon, on appelle cela le « régime différencié ».
  Jean : Et ils ne sont pas en isolement pour un ou deux jours, mais pour trois semaines, voire deux mois. Même pour une personne normale, rester dans ce type de cachot si longtemps, c’est insupportable. On en ressort à l’état de zombie.
  Julien : Un Polonais y était resté deux mois. Il en était ressorti complètement cassé, avant d’être renvoyé dans son pays.
  Jean : Il est rare que quelqu’un de normal se retrouve pour une longue période en isolement. Après deux ou trois jours, l’intéressé comprend le message et reprend la vie en groupe... Seules les personnes fragilisées par des problèmes psy y restent donc longtemps.
  Avec quels droits ?
  Jacques : Trois repas par jour comme les autres. En théorie, le « différencié » peut aussi avoir une promenade au préau, deux heures par jour. En pratique, certains refusent, d’autres ne comprennent même pas qu’ils ont ce droit, et pour d’autres encore, les troubles comportementaux empêchent toute sortie. On ne peut pas demander à trois agents de promener une seule personne...
  À quoi ressemble une cellule d’isolement ?
  Jacques : À un cachot de prison. Il n’y a pas de table, juste un matelas posé sur un bloc de béton. C’est une pièce vide.
  Vous dites qu’un cas psychiatrique chasse l’autre. Que faut-il comprendre par là ?
  Julien : Il y en a deux ou trois par mois !
  Jacques : On a en permanence un cas très grave qui doit être isolé.
  Julien : Sans oublier les toxicomanes, les gens qui ont des troubles du comportement liés à ce qu’ils ont vécu dans leur pays, les personnes sujettes aux crises d’angoisse, de colère. Les délires... On craint tous qu’un jour il y ait un accident.
  Jean : Mais Julien, des accidents, il y en a déjà eu ! Des nez cassés, un genou explosé... Des réfugiés qui se font du mal à eux-mêmes.
  Julien : C’est vrai. Il y a aussi des tentatives de suicide et beaucoup d’automutilations. Nous ne sommes pas aptes à juger s’il s’agit de simulations pour obtenir un transfert en hôpital ou une sortie. Il faudrait un véritable suivi des détenus sur le plan psychologique, mais il est totalement inexistant. Cela nous met en permanence dans une situation de malaise.
  Jean : Vous savez comment l’Office réagit en cas grave de tentative de suicide ou d’automutilation ? Il transfère dans un autre centre ou à l’hôpital. Généralement, dans cette seconde hypothèse, la personne s’échappe parce qu’il n’y a pas de surveillance. Et ce n’est pas un mieux pour elle : elle se retrouve alors dans la nature, sans ressources, dans la clandestinité, avec ses troubles psychologiques ou psychiatriques toujours entiers.
  Soit on écarte le « problème », soit on le cache ?
  Jacques : Et c’est la même chose avec les tuberculeux... On touche à un problème de santé publique. Des « résidents » souffrant de cette affection contagieuse ont parfois été relâchés dans la nature, plutôt que d’être soignés.
  Joseph : Il y a quelque temps, un type crachait ses poumons. La direction n’avait pas envie qu’il perde la vie au centre, mais elle ne l’a pas envoyé à l’hôpital. L’homme a reçu un ordre de quitter le territoire dans les cinq jours. Sur le plan humanitaire, c’est tout à fait désastreux.
  Julien : C’est sans doute aussi illégal. La tuberculose est une maladie à déclaration obligatoire. Or je vois régulièrement sortir des gens qui ont viré leur cuti. Les centres les déclarent-ils ? J’ai des doutes.
  Joseph : Plusieurs agents de Vottem ont aussi contracté cette maladie...
  Revenons aux cas de troubles mentaux. N’y a-t-il pas de psychiatre au centre ?
  Joseph : Non. On le demande régulièrement. On voudrait aussi des infirmières spécialisées.
  Jacques : Dans l’organigramme du centre, il y a un psychlogue, mais il ne voit jamais les résidents. Cela ne l’intéresse pas d’aller parler avec le gars qui vit dans ses excréments dans une cellule puante.
  Julien : De toute façon, n’étant pas psychiatre, il n’est pas qualifié pour soigner ces gens.
  Jacques : La question se situe simplement sur le plan de la dignité humaine, des droits de l’homme. En tant que membre de la direction, il devrait juger intolérables ces mises en isolement d’êtres aussi fragilisés.
  Il fait partie de la direction ?
  Julien : Le psy est aussi directeur adjoint du centre. Et il l’est avant tout : ce qui compte, c’est que la machine continue à tourner sans faire de vagues...
  Joseph : Il reste dans son bureau. Et ce sont les agents qui font de la psychologie comme ils le peuvent, en discutant avec les personnes à problèmes.
  Jacques : Il lui arrive tout de même de parler à des résidents excités pour tenter de les calmer.
  Joseph : Sans doute, mais de toute façon, il y a toujours confusion des rôles. Il discute avec un type un jour, et le lendemain, s’il est de garde, c’est lui qui décidera de mettre le même homme en cellule d’isolement. À qui parlent ces gens lorsqu’ils ont des problèmes de détention : au directeur ou au psy ?
  Les médecins visitant le centre ne voient pas les cas graves en isolement prolongé avec ces soucis d’hygiène ?
  Jacques : Si, bien sûr... C’est peut-être pour cela qu’ils changent souvent. Quand ils se retrouvent face à un mur, ils s’en vont.

Le 29 janvier dernier déjà, Vottem faisait la une des journaux avec la manifestation, initiée par Amnesty International, contre l’enfermement des enfants.

  Julien : Un psychiatre devrait prochainement débarquer chez nous, un type qui fait des expertises pour le ministère. On verra bien...
  Jean : En attendant, cela va crescendo. Un groupe de travail vient de se former sur cette problématique des cas psychiatriques, que la direction présente simplement comme des « cas difficiles ». Ils pensent créer une aile spécialisée de 24 lits.
  Vous sentez vous mal dans ce travail ?
  Jacques : Parfois, je me demande ce que je fais là. Mais je me dis que j’occupe la place d’un type qui pourrait être pire que moi. Ces centres existent de toute façon. Et il faut gagner sa vie.
  Joseph : La plupart d’entre nous font de leur mieux dans un contexte difficile. Certains pourraient croire que les agents des centres fermés sont des brutes sans scrupules ou des racistes. Il n’y a rien de plus faux. Par exemple, quand il a été question de recevoir des familles à Vottem et que rien n’était prévu à cet effet, on s’est démenés pour rendre l’accueil acceptable, parce qu’on savait qu’il y aurait des enfants. Ce qui a été fait en un an ailleurs, on l’a réalisé en deux mois. Les familles qui sont venues pendant un temps chez nous étaient mieux accueillies que dans d’autres centres.
  Julien : Ce travail est pesant. Des gens font des crises parce qu’ils ne parviennent pas à concevoir de retourner dans leur pays. Je pense par exemple à ce Chinois resté trois jours à l’infirmerie ou à cet ado de 18 ans qui avait fait toutes ses études en Belgique et devait repartir... Si vous êtes gardien de prison, vous savez que le gars en face de vous n’est pas là par hasard : il a tué, il a volé. Ici, beaucoup n’ont jamais rien fait de mal !
  Jacques : À la création du centre, les gens présents étaient uniquement des illégaux, mais depuis quelques années, il y a de plus en plus de smex : ils représentent pas loin de 50 % de la population.
  De qui s’agit-il ?
  Jacques : Smex, cela veut dire sans moyens d’existence . Ce sont des Sans-papiers condamnés à une peine de prison, qui viennent purger leurs dernières semaines chez nous avant d’être rapatriés ou de recevoir un OQT de cinq jours. En quelque sorte, on sert aussi à désengorger les prisons.
  Jean : Parmi eux, il y a beaucoup de petites frappes qui se prennent pour des caïds, de gens violents... On n’est pas formés pour s’en occuper. On craint qu’un jour il y ait un accident...
  Julien : D’ailleurs, c’est un smex qui a récemment donné un coup de ciseaux à une gardienne du 127 bis. Auparavant, il avait aussi fait un séjour chez nous !
  Joseph : Cette population très particulière pose également problème aux autres résidents, qui n’ont jamais eu de contact avec le milieu criminel. Ils sont victimes de pressions, de rackets, de violence.
  Julien : Des Africains qui fuient un régime politique dictatorial sont mélangés à des Albanais venus ici faire du proxénétisme. Les résidents sont logés dans des chambres non fermées et regroupés dans des ailes contenant jusqu’à 40 personnes. Très souvent, pour ne pas dire tout le temps, il n’y a qu’un seul agent pour surveiller tout le monde. Quand c’est calme, ça va, mais lorsque cela commence à s’énerver, mieux vaut se tirer. Des groupes se créent dans le groupe. Des hiérarchies. Comme en prison.
  Jacques : Ceux qui n’ont jamais eu de soucis avec la justice n’ont vraiment pas besoin de ce stress supplémentaire, alors qu’ils sont déjà déstabilisés par le fait de se trouver dans un milieu carcéral. On ne sait plus trop comment les protéger et les rassurer...
  Julien : Et puis, il y a une autre injustice. Les smex reçoivent le plus souvent un OQT de cinq jours. Les résidents les plus difficiles, les types dangereux mais qui savent se payer de bons avocats, échappent généralement à l’expulsion. Ils reçoivent cet OQT, qui, bien entendu, restera lettre morte jusqu’à leur prochaine interpellation. Le gars perdu, sans relations, fragilisé par son exil, ce sera toujours plus facile de le taper dans un avion...
  Comment se passent les rapatriements ?
  Joseph : Un Pakistanais avait refusé de monter à bord à Zaventem. Ce gars est revenu tellement cassé qu’il ne savait plus marcher. Il a passé plus d’un mois à l’infirmerie. Rien n’a changé depuis Sémira Adamu. Il n’y a plus de coussin, mais c’est toujours aussi violent.
  Julien : Personne n’est tabassé à Vottem. Par contre, quand les gens reviennent de l’aéroport, on constate que certains - pas tous - ont été l’objet de violences sérieuses. Beaucoup de choses se passent à Zaventem. Des gens partent aussi avec un GSM ou de l’argent dans une enveloppe qui devait leur être remise à leur montée dans l’avion et reviennent au centre sans rien.
  Jacques : D’après les témoignages de plusieurs résidents, les policiers utilisent des techniques assez incroyables, qui ne laissent pas de traces. Ils appuient fortement sur un endroit du front, ce qui provoque une douleur tellement intense que la personne perd tous ses moyens. Il y a aussi beaucoup d’insultes verbales.
  Julien : Il est arrivé qu’un médecin vienne pour constater les dégâts, mais la plupart du temps, les résidents ont peur de déposer plainte. Ils croient que cela influencera leur dossier.
  Jacques : Il y a un autre aspect du travail dont on voudrait vous parler car il nous inquiète très fort : la distribution des médicaments aux résidents. Ce n’est pas notre job ! Que se passera-t-il le jour où il y aura une erreur ?
  Une erreur ?
  Jacques : Les médecins et les infirmières ne sont pas là en permanence. Il arrive donc, la nuit ou à d’autres moments, que des gardiens se retrouvent face à des « résidents » qui ont besoin de certains médicaments. Par exemple, un calmant pour dormir. Le système en place veut que l’on téléphone alors à l’infirmière de garde.
  Joseph : On reçoit donc une consigne verbale de donner tel ou tel médoc. Imaginons qu’il y ait une contre-indication ou que le résident ne supporte pas ce qu’on lui a donné pour tel ou telle raison. Qui va porter le chapeau ?
  Et quand les infirmières sont là, comment cela se passe ?
  Joseph : Ce n’est pas du tout satisfaisant non plus. Ce sont elles qui préparent des plaquettes à donner aux détenus...
  Jacques : Et il y a constamment des erreurs dans les plaquettes... Un jour, il y aura un problème. C’est couru d’avance.
  Joseph : Cette question des médicaments est aussi à l’origine de beaucoup de situations de violence. Certains gardiens hésitent à donner des calmants ou des antidouleurs pour les raisons que nous venons de vous expliquer. En retour, il y a des résidents qui vivent cela très mal et qui s’énervent...
  Vous vous êtes plaints de cette situation à la direction ?
  Joseph : Bien entendu. On nous répond qu’il n’y a pas de budget pour assurer une présence permanente d’une infirmière dans le centre.
  Jacques : Les infirmières sont intérimaires ou contractuelles à mi-temps. Elles n’ont pas intérêt à ruer dans les brancards. La direction leur fait comprendre qu’il ne faut pas qu’elles soient trop proches des résidents.
  Joseph : En fait, on se contente de bourrer les gens de médicaments pour les garder calme. Les médocs à Vottem, c’est un budget de plusieurs milliers d’euros pas mois.
  Jean : Et dans le même temps, il y a des gens qui attendent 5 jours pour voir le médecin, parfois plus. Cela fait monter la colère et c’est nous qui avons les problèmes. Par exemple, si un « résident » a une rage de dent, il s’inscrit chez le médecin et cela peut durer un mois pour qu’il voie un dentiste.

Michel Bouffioux

Des faits inacceptables

Le juriste Pierre Arnaud Perrouty s’occupe des questions liées à l’enfermement et à l’expulsion des Sans-papiers à la Ligue des droits de l’homme. Récemment, il a participé à la rédaction d’un rapport alarmant (téléchargeable ci-dessous) sur les six centres fermés où sont détenus des migrants en Belgique. « Les témoignages apportés par ces agents sont très graves », estime-t-il. « Ils confirment en bien des points des informations que différentes ONG avaient recueillies au cours des dernières années en visitant des détenus des centres fermés. Et ces témoins de première main évoquent des pratiques totalement illégales. Certes, nous connaissons l’existence des cellules d’isolement, la problématique de leur usage excessif et les durées de détention trop longues. Normalement, un détenu ne peut y rester que cinq jours au grand maximum. Mais ces gardiens expliquent ce qui s’y passerait vraiment. Des gens souffrant de problèmes psychiatriques s’y retrouveraient abandonnés, sans soins. Ces faits, s’ils devaient être avérés, sont tout à fait inacceptables. Il s’agit de graves atteintes aux droits de l’homme, qui doivent impliquer une réaction forte et rapide des autorités compétentes. Il faut que cela cesse et que des responsabilités soient déterminées. Je souligne aussi dans ces témoignages les propos tenus sur la violence persistante lors de rapatriements. Cela confirme également des récits de Sans-papiers. Ces faits pourraient constituer un traitement inhumain et dégradant interdit par la Convention européenne des droits de l’homme. »

Ces personnes font l’objet d’un « régime différencié »

Nous avons pris contact avec la direction de l’Office des étrangers (O.E.). Kareen Vandeweeghe, porte-parole, nous a demandé de lui envoyer nos questions par mail et elle nous a répondu par le même canal. Comme on le constatera, la vérité officielle s’oppose à celle de nos témoins en ce qui concerne les durées des détentions en cellule d’isolement. Par ailleurs, l’O.E. reste muet sur la nature du « régime différencié » qu’il dit donner aux résidents souffrant de problèmes psychiatriques. À cet égard, rappelons que les gardiens nous ont expliqué que dans le jargon du centre, le « régime différencié » équivaut... au placement en cellule d’isolement. À en croire l’O.E., le nombre de « smex » (sans moyens d’existence) est moins important qu’affirmé par les gardiens. La question de savoir si cette population pose des problèmes pour la vie en groupe au sein du centre est éludée par notre interlocutrice. Le 10 novembre, pour en savoir plus, nous avons également laissé un message au directeur de Vottem, M. Jacob, mais au moment de boucler cette édition, le 13 novembre au matin, il ne nous avait pas encore répondu.
  Selon nos informations, Vottem accueille régulièrement des étrangers souffrant de problèmes psychiatriques graves. Ces personnes font elles l’objet d’un traitement différencié en termes d’hébergement et de soins ?
  Le nombre de personnes présentant des troubles psychiques ou psychiatriques peut varier d’un moment à l’autre. Nous constatons toutefois, depuis quelques mois, que le nombre de personnes présentant des troubles relevant de la psychiatrie est en légère augmentation. Ces personnes font l’objet d’un régime différencié, déterminé au cas par cas et selon nos moyens en fonction du comportement spécifique de chacun. Autant que faire se peut, ces personnes sont orientées vers un service spécialisé.
  Quelle est la durée maximum dun séjour en cellule d’isolement ?
  La durée maximale de l’isolement est de 24h. En cas de prolongement de plus de 24h, parce que le résident n’est pas intégrable dans le groupe, le directeur général doit donner son avis et l’autorisation. Dès que le délai de 72h est atteint, seul le ministre peut décider du maintien ou non du résident en isolement.
  Confirmez vous la présence de plus en plus importante de « smex » à Vottem, et cette population est elle à l’origine de roblèmes particuliers ?
  À la date du vendredi 10/11/2006, 09h10, il y a 18 résidents Smex. Seules les personnes provenant directement d’un établissement pénitentiaire sont reprises dans cette catégorie.

 

 

08.11.2006

Depuis 7 heures du matin, deux Iraniens sont installés sur une grue place Poelaert et menacent de se suicider

Des policiers tentent de les convaincre de descendre. Dans l'après-midi, la police a donné l'assaut à l'église des Minimes, où d'autres Iraniens menacaient de s'immoler.

Vers 15 heures, la situation n'avait pas évolué. Les deux désespérés utilisent parfois leur téléphone et effectuent de temps à autre quelques pas sur le bras de la grue avant de retourner au-dessus de la cabine. Selon l'abbé Van der Biest, un ultimatum a été lancé par les deux Iraniens pour 16 heures. Ils réclament des garanties de ne pas être expulsés. Des hommes ont enfilé des combinaisons d'escalade. Mais actuellement, ni les forces de l'ordre ni les services de secours ne sont encore intervenus.

L'abbé Jacques Van der Biest se trouvait à l'intérieur de l'église au moment de l'assaut de la police qui n'a pas fait usage des matraques. Quatre ressortissants iraniens ont été arrêtés par la police pour tentative d'incendie. L'abbé a condamné l'action menée mercredi par les Iraniens, estimant qu'on ne pouvait disposer de notre propre vie, donnée par Dieu. A quoi sert-il de réclamer un séjour en Belgique si c'est pour se retrouver dans un cimetière belge?, a-t-il déclaré. Selon la police, l'assaut a été rapide et efficace et il n'y a pas eu d'incident. Une vingtaine de policiers locaux et une vingtaine de policiers des unités spéciales de la Police fédérale, ont été mobilisés. Des combustibles ont été trouvés dans l'église de Minimes. Avant l'assaut, les occupants de l'église des Minimes n'ont pas tenté de mettre le feu. Quelques occupants se sont rebellés, selon la police. La vingtaine de ressortissants, arrêtés administrativement par la police, ont été placés dans un bus qui les ont conduits vers le commissariat central de Bruxelles. Ils seront ensuite mis à disposition de l'Office des étrangers, a précisé la police. Un ressortissant iranien aurait tenté de se couper les veines et a été transporté à l'hôpital. L'avocat des occupants, Georges-Henri Beauthier, a déclaré qu'il s'inquiétait du sort qui sera réservé aux ressortissants iraniens. Ils ne seront probablement pas expulsés car il n'y a pas d'accord avec l'Iran pour accepter leurs ressortissants. Mais les occupants risquent d'être enfermés en centre fermé durant quelques mois, a-t-il dit. Les occupants ont peur qu'un jour ou l'autre, le gouvernement belge signe un accord de rapatriement avec l'Iran, a ajouté Me Beauthier. (D'après Belga)

05.11.2006

Le Festival des libertés du 9 au 18 novembre 2006 de Bruxelles Laïque, le thème retenu cette année : Résister à la panique sociale

 

 

   L'instrumentalisation des peurs,

 

 

Une bombe contre la connaissance de l'autre

 

Dans le contexte social européen, américain, comme ailleurs dans le reste du monde, nous sommes face à l'instrumentalisation des peurs collectives, qui deviennent de plus en plus le cheval de bataille de certains élus, pour des fins politiques de discriminations et d'exploitation économique.

 

Les migrants qui cherchent un avenir meilleur voient déferler sur eux une vague de haine, d'injustice, de discriminations, de peur planifiée et de discours alarmistes alors qu'ils sont une source de richesse dans le cadre d'une concurrence économique   mondiale exacerbée effrénée.

    

Ces stratégies de «compétitivité», de «rentabilité» et de «marchandisation» conduisent à la remise en cause des acquis sociaux, du « modèle social », c'est-à-dire des conquêtes sociales de l'après seconde guerre mondiale, dont les manifestations sociales désastreuses sont la montée du chômage, de la précarité et le travail clandestin.

 

L'image des immigrés a évolué dans ce contexte social désastreux. Le travailleur immigré et discret des années 45/70 est progressivement devenu « une menace, un voleur d'emploi », etc.…

 

De ce fait, l'incompatibilité culturelle est érigée comme une opposition entre communautés dans un contexte où « le choc des civilisations, des cultures, des religions » est théorisé sur le plan mondial comme accompagnement idéologique des concurrences économiques et de la recherche de main mise sur les matière grises en général et plus particulièrement sur les matières premières stratégiques.

        

Sur le plan interne, les grandes puissances riches adoptent la logique sécuritaire. Question : les peurs relatives à l'étranger sont-elles préexistantes ou celles-ci sont-elles plutôt suscitées par des politiques dont les buts sont ouvertement inavouables ?

       

La politique de l'immigration zéro n'est pas une réalité mais bien un discours politicien visant à dénigrer la présence de nouveaux étrangers en Europe. La politique de tolérance zéro envers les étrangers  ne tient pas seulement à l'impraticabilité des expulsions massives et systématiques, elle répond aux exigences économiques.   L'obtention du permis de séjour n'est plus un droit, mais plutôt une faveur étatique, en fonction du besoin de main d'œuvre bon marché et corvéable à merci pour favoriser la croissance des pays européens.

 

L'instrumentalisation des peurs collectives devient de plus en plus la scène d'un affrontement, entre l'accueillant et l'accueilli.

 

Étant donné que, chez l'accueillant, il y a là une instrumentalisation de quelque chose d'enfouie dans l'imaginaire collectif qui prend racine dans le système colonial, l'image du colonisé est à la fois celle de la docilité et la révolte. La docilité serait l'œuvre de la « mission civilisatrice » de la colonisation et la révolte serait un attribut du colonisé, le danger étant inscrit dans ce « barbare »   (aujourd'hui « le terroriste »).

 

Cette peur a favorisé l'acceptation par la majorité silencieuse de la répression policière, des discriminations ou même du racisme déclaré ou déguisé sous la liberté d'expression.

 

Au point que, certaines personnes insufflent des idées xénophobes, qui leur servent des slogans simplistes et des raccourcis raciaux apparemment séduisants, pour ensuite dire qu'elle ne fait que relayer ce que pensent les gens.

 

En attisant la peur universelle de l'Autre, que l'éducation et la rencontre devrait apprendre à surmonter, on déshumanise les communautés les plus stigmatisées : les Noirs, les Maghrébins, les Turcs, les Sud-américains,…. Ce processus de criminalisation et de « chosification » des « allochtones » dénie instantanément le fait qu'ils portent tous en eux un réel vécu, une histoire, une valeur culturelle et intellectuelle, et des sentiments.

 

Mais la peur est aussi présente chez l' l'accueilli en quête d'une hypothétique régularisation : la peur de la répression policière, la peur de s'exprimer, la peur de l'expulsion, la peur de revendiquer ses droits les plus fondamentaux, la peur du lendemain, et la peur de ne pas savoir où se cacher, dans une immense détresse. Toutes ces peurs font de lui un défaitiste, qui se croit incapable de pouvoir garantir un avenir à son enfant et ayant intériorisé l'étiquette d'infériorité qu'on lui a collé, il s'apitoiera sur son sort. Il fera un amalgame haineux envers le « dominant », formulée en les termes suivants : « Tous les belges et tous les européens sont racistes », ou Pire encore, il se soumettra au paternalisme occidental en raison de son statut inférieur « d'étranger et de sans papier », etc.…

 

 

Et s'il en est ainsi, c'est parce que le reste de la société se laisse aller au fatalisme ambiant. C'est pourquoi il faut avant tout renforcer la connaissance de l'autre, car la peur transforme la compréhensibilité des Uns, en une haine inadmissible des Autres. Et dans ce combat contre la peur de l'Autre, l'interculturalité est l'une des armes les plus efficaces.

-         Il faut que l'histoire scolaire et populaire des minorités dites visibles, et principalement des étrangers, soit rectifiée, car l'histoire actuelle est une histoire plus idéologique que critique ; il faut rectifiée l'image des autres, des sans papiers et des étrangers, car l'image actuelle est une représentation stigmatisante, et dévalorisante, loin de ce que nous sommes réellement ;

 

-         Il ne faut pas céder à l'impuissance dans cette lutte pour l'ouverture des mentalités, c'est à chacun d'entre nous d'empêcher que le poison de la haine continue sa propagation. Il faut la combattre sans cesse, la démasquer toujours. Il faut la traquer tous les jours, parce qu'elle représente un danger terriblement meurtrier pour nous et pour nos enfants.

 

Guissé Ali

Coordinateur et porte-parole de l'UDEP, le mouvement de sans-papiers pour la régularisation de tous les sans-papiers avec des critères clairs et permanents de régularisation.

 


Festival des libertés

Du 9 au 18 novembre 2006, Bruxelles Laïque organise au Pathé Palace, 85 bd Anspach, 1000 Bruxelles, le Festival des libertés. La problématique des Sans-papiers trouve tout naturellement sa place dans le thème retenu cette année : Résister à la panique sociale .

Trois moments y sont particulièrement consacrés
à la problématique des Sans-papiers

Vendredi 10/11 - 20h00
Vernissage et rencontre avec l’Assemblée des Voisins d’Ixelles
Au début il y eut les « Gueules d’amers », une initiative de quelques habitants du quartier de l’église Saint-Boniface (à Ixelles), occupée l’hiver dernier par des dizaines de Sans-papiers. Toujours amères, les « Gueules d’amers » sont devenues des « Gueules d’humains », parce que derrière ces visages, il y a des récits de vies, et des vies en jeu.
L’exposition sera présente durant toute la durée du Festival.
Vernissage et rencontre avec l’Assemblée des voisins le vendredi 10/11, à 20h00.

Dimanche 12/11 - 20h00
Partir ou mourir
Film de Raymonde Provencher (Canada)

Suivi d’une rencontre avec Mathieu Bietlot, philosophe et politologue, collaborateur au GERME - ULB
Enfermer les migrants, gouverner par la peur
La fin des années septante en Europe fut marquée à la fois par le tournant néolibéral et par la volonté de fermer les frontières. C’est dans ce contexte que les « camps » pour étrangers sont devenus les instruments centraux des politiques d’asile et d’immigration. Comment se fait-il qu’à l’heure où l’on chante les louanges de la mobilité et de la mondialité, on érige de nouveaux barbelés et désigne de nouveaux barbares ?

Mercredi 15/11 - 18h30
Sans-papiers : bilan d’un mouvement
Jamais auparavant le mouvement des Sans-papiers n’avait su autant mobiliser et sensibiliser sur ses préoccupations et ses revendications. Un an après la première occupation de Saint-Boniface, qu’en est-il des résultats obtenus par cette mobilisation ?

03.11.2006

Le mercredi 8 novembre 2006 à 14h00, Les Sans Papiers et leurs Soutiens vont manifester.


Ils partiront de la rue Xhavée 22 jusqu’à la Commune, Place du Marché  où ils resteront pendant une heure : pour rappeler qu’ils sont toujours là, dans la même situation de précarité et surtout pour dire que le combat continue et continuera jusqu’à la victoire de la justice.

Nous invitons toute la presse tant écrite, radiophonique que télévisuelle à venir pour relayer au public notre juste combat comme elle l’a si bien fait dans le passé,  et nous lui en sommes très reconnaissants.

Nous tenons à dire que le moment est crucial à l’approche de la fin de cette législature, et nous demandons aux partis politiques dits démocratiques de se positionner clairement par rapport  à la question des Sans papiers pour permettre au prochain formateur d’inscrire la régularisation avec des critères clairs et permanents au programme du prochain gouvernement.

Nous demandons aux Belges de manifester clairement leur soutien aux Sans Papiers car nous sommes intimement convaincus que les politiciens écouteront leur électorat en cette période où ils sont obligés de passer par eux pour revenir ou rester au pouvoir !  Nous disons à tous les sans papiers de rester courageux et forts bien que leur situation ne soit souhaitable pour personne. Il faut continuer le combat ensemble jusqu ‘à la victoire.   


Anicet Zacharie Muamba
Porte parole Udep Verviers

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