« l'UDEP Verviers | Page d'accueil | Une cinquantaine de sans papiers occupent la basilique Saint-Christophe de charleroi »
29.03.2006
Débat sur la REGULARISATION
Belgique
Sans papiers : CDh, Ecolo et PS ont expliqué leurs propositions de loi sur la régularisation des « Sans papiers »

Trois propositions de loi (déposée par Cdh, Ecolo, et Ps), pour la régularisation de tous les sans papiers, ont été au centre du débat organisé lundi 27 mars par l’UDEP (Union pour la défense des sans papiers) dans la salle « Lumen », située à un jet de pierre de la place Flagey à Ixelles. Il est 19 heures, la salle est comble. Beaucoup de personnes en situation précaire sont là. La mine est grave car chacun veut une solution à son problème… tout de suite. La soirée a commencé par la projection d’un court documentaire émouvant sur la marche du 25 février -aux abords du centre fermé de Vottem - qui avait réuni environ 10 000 personnes venues manifester pour la régularisation des sans papiers. Vint le tour des orateurs. Me Emmanuelle Alabi, représentante du Cdh, la députée fédérale Marie Nagy pour Ecolo et son collègue Mohamed Boukourna pour le PS, ont tour à tour explicité le contenu des propositions de leurs partis. Celles-ci ont en commun l’établissement d’une commission permanente de régularisation et l’amendement de l’article 9, alinéa 3 de la loi du 15 décembre 1980 qui donne un pouvoir discrétionnaire au ministre de l’Intérieur. Me Alabi a insisté sur des critères clairs et précis pour être régularisé. Son parti plaide pour un organisme qui résorberait tous les contentieux des personnes en situation précaire. Marie Nagy a souligné la nécessité de retenir des critères objectifs les plus larges possibles afin de prendre en compte tous les cas. Elle a affirmé qu’il y a urgence humanitaire et a appelé à une mobilisation générale de tous les sans papiers. Mohamed Boukourna a, pour sa part, souligné qu’il ne s’agissait pas d’un combat partisan mais d’un combat de tous les partis démocratiques pour une société plus juste et plus sociale. Il a regretté que la loi précitée laisse énormément des gens au bord de la rue. Enfin, il est revenu sur l’occupation de l’église Saint-Boniface qui serait, selon lui, à la base de la régularisation des 130 occupants. « Là où il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès » a enchaîné Ali Guissé, porte-parole de l’UDEP, paraphrasant Frédéric Douglas, premier écrivain noir Américain au 19me siècle. Guissé faisait allusion à la promesse de l’Office des étrangers d’octroyer aux occupants de l’église Saint-Boniface des titres de séjour en Belgique, après une occupation de 5 mois, des marches et de grève de la faim. Le porte-parole de l’UDEP a demandé à l’assistance de vaincre la peur. Il a remercié les Belges pour leur soutien « qui nous donne l’espoir ». A ceux qui disent que la Belgique ne peut pas accueillir « toute la misère du monde », il a eu ces mots : « arrêter de piller le tiers monde ». Me Axel Bernard, conseil de l’UDEP, a livré un véritable réquisitoire contre certaines dispositions de la loi du 15 décembre 1980 qui est appliquée, selon lui, d’une manière restrictive. Situation qu’il a qualifiée « d’arbitraire et d’indécente ». Ajoutant que la « régularisation doit être un droit ». Le juriste a déploré les régularisations « one shoot » de 1974 (8 000 personnes) et de 1999 (40 000 personnes) qui n’ont pas régler les problèmes. Il a plaidé pour le renversement des rapports de force en faveur des personnes en situation précaire afin d’obliger les parlementaires à « adhérer à notre cause ». Et de conclure : « la lutte paie ; la mobilisation paie ». Le débat s’est focalisé sur la démarche pour une régularisation rapide. Les intervenants ont condamné l’enfermement des enfants dans des centres fermés. Un ex-sans papier, régularisé en 1999, a souhaité la régularisation de tout le monde et a déploré qu’ « on tente de criminaliser les sans papiers et leurs enfants alors qu’ils sont des paisibles citoyens ». L’assistance a aussi condamné le projet de loi déposé par le ministre des Finances, Didier Reynders, sur l’évasion fiscale. « Si on régularise les capitaux, pourquoi pas les personnes ? C’est très important », a-t-on entendu dire dans la salle. Un autre projet de loi, celui du ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael, en rapport avec la loi du 15 décembre 1980, a été attaqué par des intervenants. Les sans papiers craignent le renforcement du rôle de police que le projet du ministre de l’intérieur semble donner à l’Office des étrangers. Ils veulent dès lors s’opposer à ce qu’ils appellent « racisme institutionnel ». D’autres interventions ont tourné autour de la manifestation du 1er mai prochain, fête du travail. Les sans papiers veulent défiler en masse à cette occasion pour plaider leur cause. Les partis politiques présents ont émis sur la même longueur d’onde que l’auditoire, tout en invitant les intervenants à être réalistes dans leur revendication. Que retenir de cette manifestation ? « Continuer à se mobiliser » a résumé Guissé. Mardi 28 mars, la basilique Saint Christophe de Charleroi est occupée par une vingtaine des sans papiers. Affaire à suivre.
Ali KALONGA
10:29 Publié dans Presse | Lien permanent | Envoyer cette note

